Episode 5 : Valérie et Nadia du Chant des Sols, petits fruits, safran, transformation et enjeux de la petite surface

Valérie et Nadia nous ont accueillis dans leur microferme Au Chant des Sols à Reffuveille, en Basse-Normandie. Elles y cultivent entre autres, de la rhubarbe, des petits fruits et du safran qu’elles vendent en circuit court, après transformation. A la fin de notre séjour chez elles, nous avons décidé d’enregistrer un épisode en leur compagnie. Elles nous y parlent du travail sur petite surface, de l’importance de la transformation, de la culture du safran et de leurs premiers pas dans la gestion d’une microferme.

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Il y a un peu plus de deux ans, Nadia et Valérie se sont installées dans la Manche sur une surface d’environs 6000 mètres carrés. Anciennement salariées, elles avaient envie de changer de vie. Ainsi, après avoir murement réfléchi leur projet pendant un petit temps, elles décident de franchir le pas et de créer Au Chant des Sols !

Avant de se lancer, afin d’avoir des retours d’expériences, elles sont allées à la rencontre d’autres paysans installés dans le maraichage et dans la culture des plantes aromatiques et médicinales (PAM). Ces rencontres leur ont permis de construire leur projet et de partir du bon pied.

Riches de ces partages d’expériences, leurs choix se sont alors posés sur des cultures pérennes assez diversifiées : des petits fruits (6-7 ans), de la rhubarbe (10-15 ans), du safran… Elles ont également veillé à ce que leurs récoltes puissent s’étaler sur toute l’année : les petits fruits en été, le safran en automne par exemple.

En termes de commercialisations, elles ont décidé de se limiter à un marché par semaine, complété par de la vente dans les boutiques locales, en circuit court.

Tous leurs produits sont transformés. Elles font, par exemple, du sirop de rhubarbe ou de safran, des confits de fleurs, de la gelée de prunelles sauvages et de pommes… Cette transformation leur permet de donner une valeur ajoutée à leurs produits et de rendre leur projet viable. En effet, comme elles cultivent sur une petite surface, elles produisent de petits volumes. Si elles vendaient leurs produits en frais, elles ne pourraient pas s’en sortir économiquement. D’où l’importance de transformer leur production afin de leur ajouter de la valeur.

Par ailleurs, cultiver sur une petite surface change énormément les outils de production utilisés. Ceux-ci sont plus légers. Elles peuvent ainsi éviter d’utiliser le tracteur, ce qui réduit les investissements nécessaires et la consommation de carburant. Cela implique également que le travail physique est conséquent. Par ailleurs, elles ont décidé de planter énormément pour créer de la diversité. Le modèle qu’elles défendent va donc à contre courant de celui des grandes exploitations ultramécanisées, mais Nadia et Valérie se sont lancé le défi de montrer qu’il était possible de cultiver sur petite surface et de bien en vivre.

Concernant la culture de safran, elle se fait sur une toute petite parcelle. Nadia et Valérie ont sept buttes placées côté sud, sur un terrain en pente et donc drainé. Elles ont ainsi plantés entre 3000 et 4000 bulbes de calibres différents à 15 ou 20 cm sous la surface de la terre. Elles ont surélevé le safran en le plantant sur butte afin qu’il n’ait pas les pieds dans l’eau au vu du climat Normand. Elles mulchent ensuite régulièrement en copeaux de bois et en feuilles mortes. Les plans sont séparés de 7 à 15 centimètres et déplanté environs tous les trois ans. A savoir que plus ils sont plantés serrés, plus ils devront être replantés tôt. En effet, les bulbes de safran se multiplient spontanément de 2,5 fois chaque année. Ainsi, si elles ne les déplantent pas, ils s’étoufferaient et risqueraient de développer des maladies.

Les bulbes peuvent avoir différents calibres, ce qui va influencer leur production. Le plus gros bulbe, calibre zéro, fait environs 11 à 13 cm et peut donner de 7 à 13 fleurs la même année. Plus on descend dans le chiffre du calibre, plus le bulbe est gros. Ainsi un calibre 7-8 va donner une fleur ou deux.

La récolte des fleurs se fait sur une durée de un mois, entre octobre et novembre. Elle a lieu tous les jours, voire deux fois par jour. Elles cueillent la fleur, la mettent de côté, puis elles l’émonde, c’est-à-dire qu’elles retirent le pistil qui est composé de trois stigmates qu’elles vont ensuite faire sécher. Le safran va ainsi perdre 80% de son humidité. Elles le conservent ensuite dans un pot hermétique à l’abri de la lumière pendant 1 à 2 mois afin qu’il développe toutes ses saveurs. Pour produire un gramme de safran, il leur faut 125 fleurs. Tout se fait à la main, il s’agit d’une culture qu’il est de toute façon impossible de mécaniser.

A côté de leur safranière, Valérie et Nadia ont également treize ruches. La particularité étant que leur miel est pressé à la main sur cire fraîche (sur base de cadre vides que les abeilles viennent remplir). Cela signifie que dans leur méthode de production, elles n’utilisent pas d’extracteurs, mais plutôt un pressoir à fruit en inox dans lequel elles mettent leurs pains de miel. Elles le pressent ainsi plus doucement, ce qui évite au miel de se charger en micro-bulles d’air préservant ainsi tous les tanins et les propriétés thérapeutiques du miel.

Selon Valérie, la première chose pour qu’un projet tienne la route, c’est de bien prendre le temps de le laisser murir, de se documenter, d’aller rencontrer des professionnel-le-s, poser des questions et prendre en compte les retours d’expériences d’autres producteurs. Pour Nadia, le plus important est de croire en ce que l’on fait et de travailler dur dans cette direction et de s’accrocher.

Après deux ans d’activité, Nadia et Valérie ne tirent pas encore de salaire. Elles doivent encore développer leur activité pour la rendre viable. Au départ, elles avaient réalisé un budget prévisionnel et un business plan, mais elles se sont confrontées à une réalité totalement différente de ce qu’elles avaient imaginé. En effet, elles n’avaient pas toutes les données en main au moment de réalisé ces plans prévisionnels. C’est seulement après leur première année d’activité qu’elles ont pu voir plus concrètement les implications financières (prix des matières premières, gestion du temps de travail…).

Le Chant des Sols devrait normalement déjà être labellisé AB. Malheureusement, lors de leur installation, Nadia et Valérie ont fait une erreur qui leur à fait perdre trois ans. Lorsqu’elles ont acquis leur terrain, elles ont commencé à planter, à tailler, etc. avant de faire venir les organismes de label bio. Comme leurs terres n’avaient pas été cultivées, elles auraient pu obtenir le label immédiatement, mais comme elles étaient intervenues avant le passage de la certification, elles ont été obligées d’attendre trois ans pour l’obtenir.

Une autre chose que Nadia ferait différemment si elle devait se réinstaller, c’est la gestion de l’enherbement ! Au départ, elle refusait catégoriquement d’utiliser des bâches. Elles ont donc planté les petits fruits sur butes avec des copeaux de bois à leur pieds. Les copeaux de bois se sont vite décomposés et l’herbe à très vite pris le dessus. Elles passent donc énormément de temps à désherber. Fortes de ce constat, lorsqu’elles ont mis en place la deuxième partie de parcelle, elles ont fait également des butes, mais cette fois, elles ont placé des bâches tissées dessus. Elles ont toujours laissé les allées s’enherber, mais la gestion est devenue beaucoup plus simple.

La variété préférée de Nadia, c’est la rhubarbe Raspberry Red qui est assez douce, moins acide que la verte et qui donne une belle couleur à leur sirop ! En plus, elle a moins tendance à monter en graine.

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