Episode 4 : Antonin du Jardin de la Petite Bruyère, plantes aromatiques et médicinales, agroforesterie, biodiversité et trognes

Pour ce quatrième épisode de Micro Fermes, nous avons rencontré Antonin du Jardin de la Petite Bruyère à Saint-Aignan-de-Cramesnil. Avec sa compagne, Maud, ils cultivent des plantes aromatiques et médicinales en y intégrant, depuis peu, des arbres selon les principes d’agroforesterie. Au fil de notre rencontre, il nous raconte comment son projet a évolué mais il nous parle également de l’importance qu’il donne à la biodiversité, de la manière dont il gère l’enherbement, de son système de séchage et de ses trognes. Bonne écoute !

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Antonin s’est installé sur son terrain en tant que maraicher en 2011. En 2015, il fait une conversion vers la production de plantes aromatiques et médicinales (PAM) qu’il commercialise en tisanes simples et composées. Ensuite, en 2016, il décide de mettre en place un système agroforestier dense en plantant 1600 arbres. L’hiver dernier, il intègre finalement des arbres fruitiers entre les lignes d’arbres et de plantes déjà installés. Cette évolution est principalement due à une adaptation de sa production face à la difficulté de cultiver dans un milieu de plaine, très exposé aux vents.

Antonin avait déjà travaillé avec des plantes aromatiques et médicinales lorsqu’il avait mis en place un système de lutte intégrée dans son maraichage en 2013. Il a toujours été plus strict que le cahier des charges du bio européen, c’est d’ailleurs pour cela qu’il a décidé de travailler avec le label « bio-cohérence ». Comme il évite de traiter ses cultures, il avait intégré beaucoup de plantes aromatiques et de fleurs vivaces dans ses cultures afin d’attirer des auxiliaires et des pollinisateurs. Il s’était alors rendu compte que ces plantes se plaisaient bien sur son terrain. La plupart étant vivaces, leur culture lui paraissait assez simple, surtout en comparaison au maraichage.

C’est lors de la transition vers la culture de plantes aromatiques et médicinales que sa compagne, Maud, s’est associée au projet. C’est d’ailleurs ce qui a permis ce changement de cap. Le temps de travail étant beaucoup plus important en production de plantes, Antonin n’aurait pas pu s’en sortir seul. Par ailleurs, comme tous les plants étaient auto-produits depuis le début, ils ont pu rapidement effectuer cette transition, sans devoir investir dans l’achat de plants.

Lors de son installation, pour son système d’irrigation Antonin a fait appel à des sourciers qui n’ont pas réussis à trouver l’eau des nappes. Il n’a donc pas eu de système d’irrigation pendant un an, ce qui l’a obligé à arroser au tuyau d’arrosage. Il a ainsi eu beaucoup de perte en production, mais également en temps et en énergie pour cultiver des légumes sur un terrain qui de surcroit était très exposé aux vents, les terres séchant d’autant plus vite. Plus tard, il a découvert qu’il existait des hydro-géologues qui auraient probablement pu éviter ce problème grâce à leurs machines qui permettent d’être bien plus précis.

En passant du maraichage à la production de plantes aromatiques et médicinales, Antonin est également passé d’une traction animale à l’utilisation d’un micro-tracteur. A l’origine, il avait opté pour la traction animale car c’était pour lui ce qu’il y avait de mieux au niveau de la qualité du travail du sol, notamment au niveau du tassement. De plus, sa terre étant peu profonde, il a ainsi pu la monter de 15-20 cm en travaillant sur billons. Ce choix reposait également sur le système d’irrigation qui était sensé lui faire épargner du temps pour s’occuper de la traction. Très vite, en l’absence d’eau et étant seul sur l’exploitation, les ânes sont devenus un gouffre de temps plutôt qu’un atout. Lorsqu’ils sont passé à la culture de PAM, le choix de la traction animale devenait encore moins adapté. En effet, les saisons sont plus courtes pour ces plantes et le travail du sol est moins important. Il a alors commencé à travailler avec un micro-tracteur, un Someca 105 chevaux équipé d’un vibroculteur et d’une benne, une tondeuse autotractée et une débroussailleuse. Par la suite, il a du faire l’acquisition d’un gyrobroyeur car la tondeuse ne suffisait pas pour la surface qu’il devait entretenir (2 hectares).

Dans leur système, la gestion de l’enherbement est particulièrement importante. Il laisse des espaces où l’herbe pousse librement et de très longues bandes enherbées sont présentes dans les lignes d’arbres. Cependant, dans leur éco-système actuel, c’est l’herbe qui prend très vite le dessus sur toutes les autres plantes cultivées, il faut donc réussir à la maitriser. Pour cela, Antonin fait beaucoup d’entretien avec la tondeuse, le gyrobroyeur et la débroussailleuse, mais malgré tout assez peu de désherbage. Il désherbe à la plantation, paille avec des copeaux de bois pour les deux premières années et ensuite, la plante est prête à se débrouiller et à entrer en concurrence avec les autres herbes sans perdre trop en production. Ce choix lui permet également de s’économiser physiquement.

Concernant le séchage, ils ont monté eux-mêmes leur dispositif avec un système de claies qui sont posées dans deux pièces fermées. Ils y superposent, des cadres en bois d’1m x 92cm avec des tissus en coton ou en lin sur lesquels ils déposent les plantes. Chaque pile comprend 10 claies. Dans chacune des pièces, ils ont deux colonnes de ventilateurs qui soufflent sur les côtés des claies et un déshumidificateur qui tourne en permanence. Ils ont donc un séchoir avec 60 m2 de claies et un autre avec 30 m2 ainsi qu’une pièce de mise en attente. Dans cette pièce sombre et déshumidifiée, ils entreposent les plantes dans des sacs craft, lorsqu’elles sont sèches mais pas encore effeuillées ou battues. Cela permet de dégager les séchoirs au plus vite durant les périodes de récoltes bien chargées. En effet, les plantes prennent entre quatre jours et une semaine à sécher ce qui demande d’optimiser l’espace.

Bientôt, Antonin et Maud aimeraient réaliser des liqueurs et d’autres produits transformés avec leurs plantes et les fruits des arbres qu’ils ont plantés. Avec les tisanes, ils ont pu observer que la valorisation des plantes passe par la transformation. Le séchage est ce qu’il y a de plus simple mais cela ne leur permet pas de valoriser suffisamment leurs plantes par rapport au temps de travail notamment. Ils n’arrivent d’ailleurs pas à en vivre aujourd’hui mais une telle valorisation des fruits et plantes devrait leur permettre de pouvoir se verser au moins un salaire.

L’arbre a commencé à s’intégrer dans leur écosystème, il permet notamment de limiter l’impact négatif de la plaine et de ses vents. Antonin souhaite conduire ses arbres en trogne. Pour le moment, il les fait monter en stimulant un tronc principal via une taille de formation tous les ans. Quand le tronc principal fera entre 5 et 15 cm de diamètre, il le coupera, ce qui génèrera des rejets au printemps. Il enlèvera alors les rejets du bas et laissera ceux du haut en répétant l’opération d’année en année. Cela peut prendre beaucoup de temps avant qu’il y ait vraiment la trogne (la boule) et encore plus avant que l’arbre soit creux. Pourtant, un arbre creux peut-être enviable car il amène toute une biodiversité spécifique en accueillant beaucoup d’insectes et d’oiseaux, dont certains rapaces nocturnes. Lui ne le verra peut-être jamais, mais ils souhaite créer un système durable qui continuera d’évoluer après lui. Selon lui, un·e paysan·ne n’est qu’un palier vers le/la paysan·ne d’après. Il aimerait donc avoir un système économiquement viable sur la surface qu’il occupe, mais aussi un écosystème durable et riche en biodiversité. Pour Antonin l’économique n’est pas ce qui compte le plus, il préfère mettre son attention sur son métier et la qualité de ce qu’il propose. Il ne veut pas produire plus, il veut produire mieux.

Son conseil pour ceux et celles qui veulent se lancer est de ne pas perdre de temps pour planter des arbres si on souhaite mettre en place un système agroforestier.

Sa variété fétiche est la menthe pouliot, une des quatre menthes sauvages. Cette menthe pousse bien dans des environnements très différents les uns des autres et se ressème aisément. Elle fait des fleurs blanches tout le long de sa tige et celles-ci attirent beaucoup d’insectes.

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