Episode 3 : Edwin de Graine et Grignote, paysan-boulanger, auto-construction, engrais verts et légumineuses

Pour ce premier épisode en France, nous sommes partis à la rencontre d’Edwin, paysan-boulager en Picardie, à Rouvroy-les-Merles. Avec sa compagne, Manon, ils ont créé Graine et Grignote, un GAEC (Groupement agricole d’exploitation en Commun) qui propose du pain, des légumineuses, des farines et même du miel ! Du grain au pain, il maitrise tout le processus et il va même jusqu’à créer sa propre semence. Il nous partage son expérience…

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Edwin a toujours été passionné d’agriculture et de céréales. En avançant dans la réflexion de son projet, il a découvert la transformation en farine et pain ce qui fut alors une évidence pour lui. Il s’est ensuite installé en 2013 sur la troisième ferme Terre de Lien de Picardie sur 15 hectares de terres cultivables.

Il a décidé d’assurer toutes les étapes de production du pain, depuis la production de semences jusqu’à la vente. Cela consiste à les cultiver, les récolter, les trier, les brosser avant de les moudre pour faire son pain et son levain, ensuite, il lui reste à cuire les pains et à aller les vendre.

Edwin ne veut pas mettre que du blé dans sa rotation, il produit donc d’autres céréales comme le seigle ou le petit épeautre qui peuvent être vendues en farines. Il cultive également des légumes secs comme le lentillon rosé, les lentilles vertes et les haricots qui sont rendus en qualité alimentaire et vendus en même temps que le pain. Il choisi ses cultures pour qu’elles puissent être récoltées avec son outil de travail, sa vieille moissonneuse Claas de 1967.

Les 15 hectares sur lesquels il travaille sont répartis en deux parcelles. Il y en a une qu’il appelle “cranette”, ce sont des terres limono-crayeuses à PH 8,5 et avec 15-20 cm de terres arables, en dessous desquelles ont retrouve la terre mère, le calcaire. L’autre parcelle est dix mètres plus bas. C’est une terre limoneuse et plus profonde qui produit deux fois plus que la cranette.

Dans ses cultures, il n’y a aucun intrants. Edwin compte uniquement sur la richesse du sol et sur la vie de celui-ci. Il implante des légumineuses fourragères (luzerne, sainfoin, trèfle … ) tous les trois ou quatre ans, pour au moins un an. Le blé, très gourmand, vient après. En plus de cela, il restitue toutes les pailles au sol.

L’association de cultures qu’il préfère mettre en place, c’est le seigle-lentillon. Cette dernière se pratique en Picardie depuis très longtemps. Lorsqu’il veut privilégier la lentille dans cette association, il va la mettre plutôt en fin de rotation, lorsque le sol contient moins d’azote. En effet, les légumineuses n’en n’ont pas trop besoin et cela permet à la céréales de ne pas prendre le dessus. Il sème alors le seigle beaucoup moins dense que s’il le semait en pur, contrairement à la lentille qu’il sème presque comme s’il n’y avait qu’elle. Avec cette association, le seigle sert de tuteur pour la lentille qui, comme le pois verse (tombe) en fin de cycle, ce qui rend la récolte bien plus facile !

L’association seigle-lentillon où Edwin favorise la lentille.

Edwin a décidé de cultiver des blés population (issus de sélections paysannes) et des blés modernes. Les blés population étaient cultivés sur leurs terres mais ils ont disparu aux alentours des années 1900. Le savoir-faire c’est donc perdu et la quantité de semences aussi. Ce n’est d’ailleurs pas facile pour lui d’avoir les quantités de semences dont il a besoin. Il les reçoit par 100 grains via l’INRA (Institut National de Recherches Agronomiques) de Clermont-Ferrand ou grâce au Réseau Semences Paysannes qui ont déjà entamé le processus de multiplication de ces semences. Dans la partie assez riche, Edwin est très embêté par la verse lorsque les blés ont des pailles assez hautes. Il réserve donc ces blés population pour les terres plus pauvres, où ils sont plus adaptés. Par ailleurs, en panification, les blés population sont plus durs à travailler. Les pains sont alors plus étalés, ils prennent plus de place dans le four. Faire des pains à base de blés modernes et de blés population est donc ce qu’il a trouvé de plus intéressant.

Edwin a commencé son activité seul avec un chiffre d’affaire de 50 000 et 60 000 euros les deux premières années. Cela lui permettait de se dégager un SMIC qu’il a décidé de mettre dans des investissement et dans du confort de travail, parce qu’il n’avait pas besoin de grand chose. Sa compagne l’a rejoint par la suite et ils ont créé un GAEC. Aujourd’hui, ils sortent autour de 100 000 euros de chiffre d’affaire et ils gagnent tout juste un SMIC chacun. Dans son chiffre d’affaire, les pains et brioches représentent 70%, les légumes secs 20% et la farine détaillée représente environs 10%. Un hectare de blé vendu en pain représente 15 000 euros alors qu’un hectare de légumineuses en représente 4500.

Aujourd’hui, ils sont deux dans la ferme. Manon, sa compagne l’a rejoint et ils ont formé un GAEC. Manon apprécie développer des nouveaux produits. C’est notamment elle qui gère la production du miel.

Comme les banques ne le suivaient pas dans son projet, Edwin a beaucoup autofinancé et autoconstruit. Pour son four à pain, par exemple, il en a récupéré un très ancien dont le propriétaire voulait se débarrasser. C’était deux ans avant son installation et il avait donc du temps pour aller le démonter. Lorsqu’il s’est installé, un gros chantier c’est alors mis en place pour remonter le four, cela a duré un an.

En plus du four, il a autoconstruit ou modifié un peu de matériel agricole qu’il achetait d’occasion. Il a construit une brosse à blé avec l’Atelier Paysan et il a également installé toute la chaine de tri et de transport du grain qu’il avait récupéré dans une coopérative désaffectée. Par contre, il y a du matériel qu’il a acheté. C’est notamment le cas de son moulin de type Astrié, un moulin à meule de pierre qui respecte le procédé ancien mais avec les techniques modernes (entrainement électrique, pierres d’une seule pièce et sciées par des machines…)

Aujourd’hui, Edwin et Manon ne sont pas totalement autonome en céréales. Graine et Grignote cherche donc à s’agrandir d’environs huit ou dix hectares. Malheureusement, en Picardie, il y a une pression foncière très importante. Lorsque des fermes voisines sont cédées, ils ne sont pas au courant et ses fermes partent à l’agrandissement sur des grosses structures qui ont déjà 600 ou 800 hectares. Il est donc très difficile pour eux de trouver de nouvelles terres.

Le conseil d’Edwin pour les personnes qui voudraient s’installer, c’est d’aller visiter un maximum de fermes qui fonctionnent et de personnes qui font le même métier. Cela permet d’enlever certaines barrières que l’on se mettrait et certaines utopies que l’on aurait. Ce qu’il retient de toutes ces visites de fermes, c’est qu’il a pu en piocher des bonnes idées qui lui ont servi par la suite à construire un projet à son image.

S’il devait recommencer son installation, Edwin se dit qu’il emprunterait probablement un peu plus. En effet, les premières années, il a souffert de ne pas avoir suffisamment d’équipement et de ne pas pouvoir financer certaines choses. Il a eu peur à l’époque d’emprunter plus. Cet équilibre est cependant difficile à évaluer.

La variété préférée d’Edwin, c’est le Sainfoin pour lequel il s’est pris de passion. Cette plante nourrit ses abeilles mais aussi ses sols, et qui, cela ne gâche rien, est particulièrement jolie !

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